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 Carnet de route, de 1972.....

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MessageSujet: Carnet de route, de 1972.....   Jeu 21 Nov - 12:32

L’Afghanistan étant situé, il faut parler du voyage que veulent entreprendre, dans c pays, quatre clicheurs des I.P.R.

Cela demande une longue et minutieuse préparation, sans laquelle il ne devient, peut-être pas impossible, mais très aléatoire. En effet nous avons commencé par convaincre nos femmes, ce qui n’a pas été pour chacun une tâche facile. Enfin, une fois la chose admise, bon gré mal gré il a fallu penser au matériel.

Pour faire 18 000 km il faut une voiture. Si parmi ces 18 000 il y en a 2 000 sur lequel personne, que se soit conférenciers ou guides, n’aient pu vous renseigner valablement, il faut une voiture solide, sur laquelle vous puissiez compter.

Après mûres réflexion, nous n’avons trouvé que la Land-Rover (station wagon) car il se posait un problème de place, nous étions quatre : deux personne « minces », un « grand » et un « pas tout à fait mince ». Cela parait ridicule, mais pose quelques problèmes.

Le véhicule choisi, il nous restait l’ACHAT. Vu le prix du neuf (environ 30 000F) nous nous sommes rapidement rabattus sur les occasions. Après un voyage éclair à Arras où nous n’avons trouvé qu’une pièce de musée, nous avons fait affaire dans la région parisiennes pour la somme de 15 500F, soit 4 000 F de mise de fonds au départ. Pour certains cela signifiait emprunt, pour d’autres recul du paiement (quelques dois risqué) des impôts. Qui en sera le propriétaire ? Donc le responsable ? Question à débattre et débattu. C’est Benny.

En notre possession, il a fallu la réviser, l’aménager. Ce qui fut fait lors de nos jours de repos et cela pendant plus de six mois.

Si je peux donner un conseil à de futurs candidats au voyage ACHETEZ « LA » NEUVE.

La voiture prête, les formalités remplies, carnet de passage de douane (1.200 F), visas obtenus, chacun dûment vacciné, il ne nous restait plus qu’a attendre le jour du départ.

Et ce jour arriva assez vite. Les adieux fait à nos petites familles, le dernier service terminé, c’est le départ des I.P.R. avec beaucoup de nos camarades pour y assister !

Discours d’adieu, mini fanfare, reporter amateur, et nous voilà partis aux environs de 14h30 (avec quelques gamelles accrochées à la voiture). La les ennuis commencent.

A 100km de Paris, la Gendarmerie Nationale nous « offre » un procès pour excès de vitesse. Nous avions pourtant demandé à un routier : « A combien tu roules ? » en le doublant, n’étant pas sur de notre compteur. Par la suite nous nous sommes rendu compte qu’il indiquait seulement 75% de la vitesse réelle.

Ensuite tout va très vite. Nous traversons rapidement l’Europe : Allemagne, Autriche, Yougoslavie, Bulgarie.8heures après le départ de Paris, nous sommes à Sofia. Nous avons roulé jour et nuit en nous relayant toutes les deux heures et nous arrêtant que pour les repas, avec une autre contravention à l’entrée de Niç en Yougoslavie, pour excès de vitesse.

Après cette étape marathon nous décidons de faire une pause de 24 h à 60 km de Sofia chez des amis à Raymond. Là, nous sommes très chaleureusement accueillis par Dontcho et Suzanne. Nous récupérons, d’abord par un bon repas, une vraie nuit de sommeil et une bonne toilette.

Tout cela nous remet d’aplomb et le lendemain matin nous sommes prêt à repartir après une petite révision de notre véhicule. Suzanne insiste pour que nous restions plus longtemps, devant notre refus obstiné, elle nous charge de victuailles en nous faisant promettre de rester davantage au retour. Dontcho nous demande de le déposer à la ville voisine. Etr là, encore une surprise. Un énorme fromage de brebis (du kachkaval) de 12 kg, des saucissons et trois bouteilles de cognac Bulgare nous attendent gentiment offert par les amis de Raymond. Après les derniers adieux nous reprenons la route pour la Turquie que nous atteignons dans la soirée. Pas d’arrêt repas pour cette étape. Claude nous prépare, en roulant, un poulet sauté au calva. C’était bon, et nous avons bien ri.

En passant à Edirne (petite ville qui rappelle l’Afrique du Nord) nous essayons de changer nos pneus (nous avions refait les moulures des anciens à la gouge), mais nous ne trouvons que des réchappés qui sont neufs d’après les vendeurs. Nous attendrons Istanbul pour effectuer cet achat. Nous en apercevons les remparts, après avoir longé la mer Marmara, le lendemain matin.

Dés que nous sommes dans la ville, nous sommes dans une circulation intense où se côtoient les nombreux taxis qui sont tous des voitures américaines et les mulets attelés à des charrettes. La conduite est dangereuse. Les taxis s’arrêtent et repartent, après avoir déposé ou pris un client, sans les moindres signaux.


Enfin des pneus !

Après quelques recherches nous trouvons des pneus que nous payons 750 F les quatre en dollars et sans facture donc sans taxes. Mais nous devons courir la ville pour changer de la monnaie, et nous réussissons à nous égarer dans le marché au-dessus du port. Il est d’un pittoresque étonnant, très riche en couleurs et en misères. Nous pouvons y voir des hommes, tels des bêtes de sommes, porter sur leur dos des charges incroyable au milieu d’une foule grouillante qui circule dans des petites rues dignes de celles de notre quartier latin par leurs dimensions. Nous devons nous sortir de cette fourmilière, mais nous sommes pris au jeu du touriste. Claude conduit, avec plaisir il faut le dire et Pierre prend des clichés quand la voiture fait du sur place. Après avoir erré toute la matinée nous revenons à nos pneus.

Pour les faire monter nous utilisons la compétence d’un vulcanisateur qui accepte de nous les changer en reprenant les vieux. Mais s’apercevant de leur état il nous demande une compensation sonnante et trébuchante, comme nous le comprenons nous acceptant en marchandant (c’est la règle) de lui payer 20 liras son travail.

Turkish délices….

En début d’après-midi, nous quittons Istanbul, et du même coup l’Europe, en traversant le Bosphore. Le passage pour l’Asie dure environs 10 minutes. Et c’est de nouveau le marathon. Pompe à essence, route, restaurant, route… Il nous arrive quelques petites aventures, nous ne les conterons pas toutes mais il en est une que nous tenons à narrer rapidement lors de notre passage en Turquie.

« Lokantasi » (restaurant en turc) ; Arrêt, menu : aubergines farcies, poivrons farcis haricots rouges, piments, tomates, le tout baignant dans l’huile. Claude et Pierre font le tri dans leur assiette, tandis que Béni et Raymond se régalent. Au bout d’un moment, notre repas terminé en dégustant le « tchaï » nous apercevons le manège du garçon. Ce brave jeune homme essuie, tout bonnement et le plus naturellement du monde, les assiettes avec une torchette innommable par sa couleur, qui lui sert également à nettoyer les tables. Et il repose les assiettes sur la table pour le service suivant. Bon appétit.

Nous roulons à nouveau : le lendemain, après avoir passé une chaîne de montagnes avec des cols de 2.000-2.500 mètres, Ankara, le soir Samsun sur le bord de la mer Noire. Dans la journée, nous avons eu aussi quelques surprises. Dans un « lokantasi » qui se distinguait surtout par l’odeur des w.-c. qui se répandait dans la salle), nous avions comme voisins de table une douzaine de prisonniers qui mangeaient attachés deux par deux avec des menottes. Ils étaient escortés par des soldats. Après leur départ nous voulons savoir et nous questionnons autour de nous et quand nous prononçons le mot « politique » les visages se détournent et la conversation cesse.

… des paysages magnifiques….
Nous longeons les rives de la mer Noire. Une bonne partie de la nuit (sur 360 km) la conduite est difficile et particulièrement dangereuse à cause des nombreux poids lourds qui circulent pleins phares. Heureusement que nous avons des longues portées à iode sur la galerie, ce qui refroidi pas mal de monde quand nous les actionnons.

Le matin du 6éme jours nous quittons la mer à Trabzon en direction d’Erzurum, toute la journée se sont des routes sinueuses qui nous mènent à plus de 2.500 mètres d’altitude. Nous admirons des paysages magnifiques. C’est une étape très dure, la route devient dangereuse la nuit. Nous sommes fatigués, mais nous voulons absolument atteindre la frontière iranienne, à Bazragan, avant de dormir. Raymond, pour y être déjà venu, affirme que le passage de nuit est facile, alors que de jour les lenteurs et les formalités peuvent demander un, deux et même trois jours. Mais changement : la frontière est fermée la nuit Nous dormons devant le poste.

…..mais des routes abominables !

Au réveil c’est encore un paysage magnifique qui nous accueille. Nous sommes au pied de deux imposantes montagnes coniques comme des volcans et recouverte d’une cape de neige. Il se trouve que la plus haute (nous l’apprenons auprès des douaniers) est le mont Ararat, célèbre pour la légende qui veut que se soit sur son sommet que s’échouât l’Arche de Noé.

Formalité, change, et à nouveau la route, direction Téhéran, route de montagne, la mer Caspienne, Bojnourd, Meshed, ville sainte musulmane, Tayabad, et enfin au bout de trois jours de conduite sans répit Islam Qala, poste frontière de l’Afghanistan.

Les routes iranienne sont belles, mais chargées de pièges, carrefours « bidons » agrémentés d’arc de triomphe illuminés la nuit, culs-de-sac, etc. dans ce pays tout est fait pour ébahir le touriste, mais quand on approche les villages, les maisons sont encore construites en terre battue. On s’aperçoit que c’est la misère.


Islam Qala : porte de l’Islam et de l’Afghanistan, son gardien


Passage des douanes

Nous sommes donc à la frontière séparant l’Iran de l’Afghanistan, au dixième jour de notre voyage, le 2 octobre ; il est six heures du matin et le soleil est de la partie.

Soucieux de notre mécanique, Raymond soulève le capot, Claude démonte les bougies pour un petit nettoyage, Benito regarde : de toute façon, à cette heure matinale, il ne peut faire autre chose. Pendant ce temps, Pierre nous prépare le petit déjeuner après avoir eu des difficultés à trouver de l’eau potable : en effet, seul un réservoir d’eau croupie existe à la frontière. Après toute les vérifications d’usage, le moteur qui, la veille, tournait comme une horloge, refuse de repartir…. Heureusement, un couple de Français à qui nous offrons le café nous dépanne à l aide d’un remède miracle contenu dans une bombe aérosol….

Enfin prêts, nous pouvons repartir, du moins techniquement parlant, car du coté administratif, nous nous heurtons une nouvelles fois, nous Occidentaux pressés, à la philosophie des musulmans.

D’abord, sortir d’Iran : déplombage des armes, compte des cartouches, tampon à droite, tampon à gauche, palabre…. Nous pouvons rentrer en Afgha après un no man’s land désertique d’une vingtaine de kilomètres ; et là, ce n’est pas de la tarte.

Mais en habitué du voyage, et aussi très culotté, Raymond se fraye un chemin dans la cohue, entre dans un bureau, choisi le douanier le plus galonné, lui tape sur l’épaule, l’engueule et lui présente les quatre visas. Celui-ci se retourne, le regarde, ouvre les passeports et y mets tous les tampons se trouvant sur la table. Voilà pour les bons-hommes ; reste la voiture (assurances : 450 afghanis, environ 31 F, passage en douane, etc.).

10h40, en voiture. Route goudronnée, plaine aride, soleil de plomb. Dix kilomètre plus loin, une guérite, une barrière, un soldat : mais oui, c’est un péage…. !

Comment digérer un « repas » afghan

Nous arrivons à Hérat, au moment ou nos estomacs nous rappellent leur bon souvenir. Donc, première chose, déjeuner et nous espérons faire un repas digne de ce nom, mais « Monsieur Raymond » nous entraîne dans une bâtisse couleur « latrines »

Dix millimètres de graisse sur des tables fabriquées avec des bisons d’huile. Sans que nous n’ayons rien commandé, le « garçon » nous apporte une assiette creuse, remplie de bouillon gras ; que dis-je, de gras bouillon, où baigne un morceau de graisse de mouton de la taille d’une boite d’allumettes. Sentant l’odeur du frichti, deux rats sortent d’on ne sait où ; échange de regards, grimaces, sourire de « MONSIEUR Raymond » satisfait de son exploit.

Après « le repas », nous visitons la ville. Quartier riche, avec d’assez jolies maisons de pierre, et des quartiers populeux où s’affairent des artisans marteleur de cuivre, mécanicien commerçants, dans leurs échoppe de terre et de paille. Nous nous arrêtons chez un « antiquaire », spécialité en pointe depuis le développement du tourisme dans cette régions. Là, nous trouvons un « Banquier noir » : problème de monnaie ? Claude compte, Pierre décide. Après un copieux mélange de marks allemands, de dollars US, de francs suisses, de promesses, de menaces, nous repartons avec un monceau d’afghanis, deux chéchias et heureux d’avoir fait un change avantageux.

C’est la piste ?

Nous avons assez perdu de temps, il faut prendre la direction de Kaboul, et l’itinéraire que nous voulons emprunter n’est indiqué que très vaguement sur une carte dessinée à la ( main? ) . C’est la fameuse « route du centre » ( sur ? ) laquelle nous avons fait tout ce voyage. Ce n’est que vers la fin de l’après-midi, et ( ? ) que le responsable du tourisme eut essayé de nous en dissuader, que nous découvrons un chemin de terre qui longe une rivière quasiment à sec : c’est « la » piste.

Notre brave Pierrot fait les frais de la première heure de conduite en tout terrain. La poussière incroyable, qui empêche le conducteur de voir les pièges, et ce n’est pas le moment de casser quoi que se soit. Claude commence à avoir des nausées, tout saute dans la voiture, neuf cent kilomètre jusqu’à Kaboul, cela promet, la nuit tombe, il n’ai pas question de continuer, nous nous arrêtons donc dans un trou, heureux d’avoir emporté des boites de cassoulet.

Au matin du deuxième jour, le soleil est levé, il n’y a plus de poussière, le moral est meilleur. C’est le désert, mais les boites de conserve, que nous avions jetées la veille, ont disparu. Toilette dans un fossé, café, en route. Au milieu de la matinée, nous rencontrons la premier village : Chest-i-sharif.

A peine arrêtés, nous sommes entourés de visages d’apparence plus ou moins accueillant. Un homme porteur d’un vieux fusil de guerre anglais s’adresse à nous ; Raymond, croyant avoir compris, commence à marchander. Ce n’est qu’au bout d’une demi-heure que nous comprenons que le brave homme cherchait des munitions. Quelques kilomètres plus loin, nous demandons à un berger une « Tchaï-khana » (maison de thé) ; le gars lève le bras et émet un son du genre : « haaâ-hunn », que nous entendrons des milliers de fois au cours de notre séjour dans ce pays.

En fait, ce premier arrêt en dehors du circuit touristique est notre vrai premier contact avec des paysans afghans, et nous pensons que cela mérite de s’y attarder un peu.

Tchor tchaï sïa…..

Le berger nous guide donc vers le village ; ( ? ) ne comporte qu’une entrée et est ceint d’un mur en torchis à hauteur d’homme. Les ouvertures ne sont fermées que par de vielles toiles, des couvertures, ou encore avec des tapis. Des hommes sont là, assis en tailleur et nous font signe de la main ou nous adressent un sourire. Nous arrivons devant une maison, il faut se courber pour y entrer, il y fait étonnamment frais et sombre par opposition à l’extérieur. Il n’y a aucun meuble dans la pièce, quelques tapis sur lesquels nous nous installons en tailleur après avoir ôté nos souliers.

« Tchor tchaï sïa » (quatre thés noirs), est une phrase que nous répèterons très souvent durant notre voyage. Nous faisons comprendre que nous voulons déjeuner au jeune garçon qui dépose devant nous quatre théières, des verres et une petite boite remplis de bonbons en guise de sucre.

Le repas arrive. Au menu, bouillon gras et galette de pain entier ; et quand ont dit entier ce n’est pas un vain mot, car on y trouve vraiment tout l’épi de blé. Ensuite, l’assiette de riz avec son morceau de mouton, et là, nous avons compris que nous étions des hôtes de marque : pas une pointe de viande, que du gras ; puis une grande cuvette contenant un liquide blanchâtre. Après l’avoir senti et goûté, Claude nous apprend que c’est du petit lait, pas tout frais, mais consommable. Est-ce du lait de vache, on en doute ! de brebis, c’est possible ! mais il est fort probable que se soit du lait de chamelle.

Pendant que nous mangeons, la salle se remplis d’hommes qui s’installent autour de nous, et nous regardent le plus naturellement du monde. Pierre qui ne quitte jamais son matériel photo, demande s’il peut prendre quelques clichés (prudence).

Les éclairs du flash amusent tout le monde, les visages impassibles deviennent souriant, « le grand » est ravi, jusqu’au moment où l’un des bergers veut regarder à l’intérieur de l’appareil ; heureusement tout s’arrange très vite.

Voyant ça, Beni va à la voiture chercher son magnétophone et enregistre une discussion entre deux Afghans ; Quel silence lorsque la bande repasse : ils sont plutôt surpris, c’est leur première rencontre avec un appareil de ce genre.

L’effet de surprise passé, c’est le délire, et nous avons bientôt droit à une chorale improvisée ; si Béni (Le Patchou) n’avait pas simulé une panne, nous y serions sûrement encore. Lorsque nous sommes repartis nous avons dû serrer toutes les mains du village, avant de reprendre la route de Sharack.

Sharack, notre prochaine étape. D’après la carte, environ 80 km nous en séparent ; nous devons y arriver au bout d’une journée. Le dernier repas nous ayant un peu retardés, nous décidons de presser le mouvement. Mais !.... Allah n’est pas avec nous ; la piste se met à grimper, puis a redescendre pour nous guider vers un pont, et quel pont !

Un pont sous lequel coule une rivière, ce qui peut paraître normal, mais dans ce pays ce n’est pas toujours évident.

Cinquante mètres avant cet « ouvrage d’art » la piste rétrécit dangereusement et à vingt mètre il est hors de question d’y jouer notre seul moyen de transport. Nous allons aux renseignements. Oh ! Surprise, sur plus de dix pas elle n’est pas plus large que la table de votre cuisine. D’un coté la montagne, de l’autre, de l’autre le vide ; nous envisageons donc de creuser. Nous allons jusqu’au « pont », et par la même occasion, de surprise en surprise ; il est infranchissable. Il en reste que les parapets et un vague sentier de pierres posées sur des branchages.

Après un petit moment de silence, l’un de nous propose de consolider le tout et d’essayer de passer. La piste à élargie, le pont à bricoler, tout cela nous paraît énorme, voir même impossible. mais nous n’avons pas fait huit mille kilomètres pour rien en conséquence de quoi !.... Nous en sommes là de nos cogitations, lorsque nous entendons un bruit de moteur. Le temps de se retourner et nous apercevons une « jeep » dégoulinante de l’autre côté de la rivière

Donc il y a un passage à gué, mais à quel endroit ? Raymond et Pierre retirent leur pantalon, et commence à sonder la rivière ; il y a du courant. Claude se remet au volant, se dirige vers Beni qui vient de découvrir des traces de pneus sur la berge. La voiture s’engage au pas dans l’eau, tout va pour le mieux, jusqu’au moment où elle plonge et s’arrête sur une énorme pierre. Le bruit du choc fige tout le monde. Marche arrière, la voiture ressort ; « ouf », nous nous en sortons seulement avec une bosse de bonne taille sur le pont avant.

Un petit berger, qui sans doute a vu toute la scène, nous fait comprendre qu’il nous fera voir le lendemain où passer.

( ? ), nous passons la nuit là. Comme il n’est pas trop tard, Beni plein de courage ( ? ) à laver son pantalon. Un bel article de confection en tergal, qu’il met à sécher sur un arbre. Dîner : conserves, café et nous nous couchons.

Au réveil, plus de pantalon ; les braves auront sans doute pensé que ce bon Allah leur avait envoyé un cadeau. Quant à la traversée la rivière, le problème reste entier ; le chemin de la veille n’a pas reparu (et pour ( ? )), et nous n’allons pas passer le réveillons là-dessus. Prêts à une autre tentative, uns seconde « jeep » nous montre « le » passage de l’autre coté, heureux comme des ( ? ), nous repartons. Objectif : Sharack avant la tombée de la nuit.

« Ouais » deux jours qu’on a mis. Hoan-hoan ! qui disaient et encore on a eu de la chance, se sont des géomètres britanniques qui nous ont fait voir la route ; sans eux nous la cherchions encore. Elle est cachée dans le lit d’une rivière… avec de l’eau. Dix kilomètre en deux heures avec Claude au volant et les trois autres devant, pour mettre des pierres dans les trous, en enlever ailleurs, enfin bref le festival.

Et en plus l’essence commence à manquer l’eau aussi, nous essayons bien de nous renseigner, mais la répons est invariable : « Hoan-hoan » (celui là avait un accent) d’un geste vague indiquant le désert.

Nous commençons à en baver, mais nous sommes content ; en fait, nous sommes venus pour ça.

Après ce périlleux passage, nous franchissons un col ; la piste est poussiéreuse et la pente est rade. Pierre qui conduit, roule en première réductée avec le double pont, et le moteur peine. Son voisin bloque le levier de vitesse de peur qu’elle ne saute, et les deux autres sont accrochés à l’arrière, les cales à la main, prêts à toute éventualité.

Au sommet, un village ; en chœur, nous nous écrions : « Sharack ». Un paysan nous le confirme, et un autre, qui s’avère être le chef du village, nous le dément en faisant comprendre que ce n’est plus très loin. Un tchaï nous ferait le plus grand bien ; il nous est servi dans la maison du chef, avec des galettes de pain. Les gens sont très pauvres et il est probable que ce qui nous est donné correspond à leurs réserves de plusieurs jours. Les enfants ont le cuir chevelu et les yeux malades. Comme tout européen, nous somme pris pour des médecins et la visite commence. Impuissants, nous ne pouvons que conseiller une toilette quotidienne. Raymond allume une gauloise : tout le monde en ré »clame du plus petit (environ trois ans) au plus vieux. C’est la fête lorsque nous les allumons avec une petite boite d’où sort le feu. Nous leur apprenons à se servir d’un briquet, avant d’en faire une distribution, puis nous repartons.

En effet, Sharack n’était plus très loin, puisque nous y arrivons à la tombée de la nuit. Il était temps, car il ne nous reste qu’une quinzaine de litre d’essence. Ici, il n’y a pas de station-service, mais seulement un détachement militaire qu’il va falloir convaincre de nous céder du carburant.

Enfin de l’essence….

Nos militaires français ne sont pas toujours très élégants, mais comparés aux Afghans, ce sont de vrai play-boys. Nous nous trouvons devant une armée en guenilles, mal rasée, et apparemment assez inquiétante, quant à son honnêteté. L’inventaire rapide de notre véhicule étant fait, ils nous guident vers une sorte de cave où ils veulent que nous passions la nuit. C’est à parti de ce moment là que nous commençons à être prudents. Ce soir là, nous avons dîné dos-à-dos, en étoile, une main dans la poche où se trouvait notre camarade tu-tues ; et nous avons dormi d’un œil dans la voiture.

Le lendemain matin, nous sommes toujours vivants, il ne nous manque rien, mais nous n’avons toujours pas d’essence.

…. 5 galons : 20 litres ! ! !

Evidement, ici le carburant est beaucoup plus cher, puisque puisé dans les citernes de l’armée. Pour ne pas être volés, il faut tricher. Raymond trouve la solution en leur expliquant que nos jerricans sont d’origine française, et qu’ils ne contiennent que 20 litres et non 25 litres comme les jerricans U.S. Notre autonomie étant de 240 litres répartis entre deux réservoirs et cinq ou six jerricans par une série de transvasements. Nous avons réussi à nous faire « offrir » une bonne trentaine de litres. Au moment de payer, le prix à subitement augmenté, mais l’arrivé de quelques gradés a mis tout le monde d’accord et, en l’espace d’un éclair, nous avons repris la route sans aucune difficulté.

Nous avons environs 250 litres d’essence, une autonomie de plus de mille kilomètres, de cinq à six jours de route, et nous ne sommes plus qu’à quatre ou cinq cents kilomètres de Bamyan, où nous sommes sûrs de trouver de l’essence, ou plutôt du carburant, le mot est plus adapté à ce liquide qui comporte en gros moitié essence moitié gas-oil, le tout à un degré d’octane qui varie de 45° à 60°.

Le but est maintenant Band-l-Amir, le site, d’après Raymond, le plus grandiose qui nous sera donné de voir. En attendant, la piste est devant nous. Les cols sont de plus en plus nombreux et de plus en plus hauts (plus de 3.500 mètres) et nous roulons toujours en changeant de chauffeur toutes les heures. A quatre cela fait trois heures d’attente pour une heure de conduite. Ne nous sentant bien qu’au volant, les temps de conduite sont rigoureusement surveillés, et chacun essaie de tricher au maximum, oubliant de regarder sa montre.

Imaginez Beni au volant, à la fin de son temps.

Claude (l’emmerdeur) regarde sa montre :
- Oh ! Béni, t’es pas fatigué ?
- Encore cinq minutes !
Trente secondes plus tard, Pierre reprend :
- Pas fatigué, M. Beni
- M…., l’est pas l’heure !
La tension monte, ça devient bon. Raymond à son tour :
- Ca va, tu tiendras le coup ? Et il retire la clé de contact, ce qui à le don de faire « prendre un manche » à notre petit camarade, qui, de part notre convention, doit payer une tournée de tchaï à la prochaine étape.

Pierre reprend le volant et nous ne tardons pas à déboucher dans une vallée où il règne une certaine effervescence. Il y a là une centaine de personne, certaines à cheval, d’autres sont armées de vieux fusils, et il y a aussi des femmes ; ce sont les première que nous voyons. Elles ne portent pas le Tchadri, et, à notre approche, il n’y a que les plus jeunes qui se voilent. Peut être s’agit-il d’une fête, d’un marché ou d’un bozkachi régional ? Nous nous arrêtons et sommes accueillis par un homme jeune, vêtu à l’européenne, portant lunettes et cravate, ce qui a, au milieu de ce désert montagneux, quelque chose d’anachronique. C’est devant l’inévitable tasse de thé que nous apprenons que nous avons à faire au gouverneur de la province de Chakhcharan, qui procède à un recensement de la population. Chose qui ne semble pas facile, car la majeur partie de ces gens n’ont pas d’identité précise et ne connaissent pas leur âge exact. Une heure plus tard, nous regrettons d’avoir refusé de partager le repas du gouverneur, croyant trouvé mieux dans la capitale provinciale.

De bonnes affaires

En fait de ville nous trouvons une rue bordée de maison en terra, un âne et trois camions afghans. Nous avalons notre palao à la graisse froide dans la seule tchaï-khanas, et, comme toujours, nous faisons notre petit tour dans le village à la recherche de la bonne affaire : pièces anciennes, armes, tapis, ou, surtout pour Pierre, des gamelles en tout genre. Aujourd’hui, ce sont des tapis tissés en poils de dromadaire que nous achetons à un prix dérisoire (de 28 à 35 F). Puis c’est de nouveau la piste, jusqu’à un embranchement qui n’est pas indiqué sur notre carte. Nous ne nous affolons plus, nous sommes au quinzième jour de notre voyage et nous prenons les habitudes du pays. Nous décidons d’attendre quelqu’un qui pourra nous renseigner. Une heure se passe ou chacun s’occupe à sa façon, et arrive deux de ces merveilleux camions. Tout un poème ces fameux bahuts, entièrement modifié par leur conducteur pour les besoins du désert, croulant sous les enjoliveurs chromés, les avertisseurs de toute sorte. La cabine, le plus souvent en bois peint, est tapissée de tissus chatoyants, et le pare-brise entouré de pompons. Le reste est aussi en bois peint, bien souvent en rose bonbon, sur quoi les artistes de la piste ont voulu reproduire ici un bombardier, là une locomotive, etc. Artiste, mais aussi magiciens, ces seigneurs de la piste sont d’excellents mécaniciens, et il n’est pas rare de rencontrer en pleins désert un de ces chefs-d’œuvre d’imagination immobilisé, la boite de vitesse au soleil, attendant la boite de conserve qui viendra vite remplacer la pièce défectueuse. Une autre qualité vient parfaire le portrait des routiers afghans : la courtoisie. Sans même leur faire signe, ils s’arrêtent, prêts à nous venir en aide (essayez sur la N 7). Nous leur demandons le renseignement et nous repartons.

C’est au milieu de la nuit que nous trouvons un inconvénient à ce sens de la solidarité. Nous dormons depuis quelques heures, lorsque nous sommes réveillés par des appels : « Mister….. Mister…. » pendant près d’une demi-heure. Dans notre demi-coma, en bons Européens civilisés, nous les avons un peu cavalièrement éconduits ; en fait, même assez, grossièrement. Ce n’est qu’au matin que nous nous sommes rendu compte qu’ils voulaient savoir si nous étions en panne.

au quinzième jour de notre randonnée, c’est l’approche de Band-l-Amir, mais aussi la fin de la fameuse « route du centre ». Piste, qui, nous a-t-il été dit, ne fut jamais empruntée pour se rendre de Hérat à Kaboul ! Cela fait donc cinq jours que nous roulons sur cette piste et pour en arriver à cette première étape, les promesses de Raymond ne sont pas de trop. En effet ; lorsque nous maudissons la voiture et surtout cette damnée piste, nous avons droit à son « leitmotiv » sur l’extraordinaire beauté de ce que nous allons découvrir. Mais dans combien de temps y parviendrons-nous ? Car Raymond n’est pas venu par cette piste. Et après les deux jours de recherche pour Scharak, nous sommes sceptique quant au temps qu’il va falloir pour y arriver.

Puis, un soudain changement de paysage aux couleurs tout à coup plus nuancées, Raymond reconnaît que nous ne sommes plus loin. Et c’est en début d’après-midi que nous débouchons sur Band-l-Amir. Et là…. La surprise est elle que nous restons bouche bée plusieurs minutes, alors Raymond arbore son sourire. Hein ! valable, non ?

8e merveille….

Décor fantastique qui compense tous les moments pénibles vécus jusque-là (vicissitudes de la route, complication intestinal, bronchites poussiéreuses, maigre repas). Claude – qui n’est pas particulièrement poète – encore étonné, nous assure que : chutes du Niagara et baie de Naple, classées merveilles de la nature, sont largement détrônées. N’étant pas écrivain, j’en suis incapable d’en faire une description valable ‘d’ailleurs Joseph Kessel s’en est très bine tiré dans son livre « les cavaliers »). Mais ce que je peux vous en dire, c’est qu’il s’agit d’un chapelet de sept lacs qui se déversent les uns dans les autres en cascades. Le cinquième lac (devant lequel nous nous trouvons) est retenu par un barrage de calcaire. Imaginez un miroir de plusieurs hectares dans lequel se reflète un ciel bleu azur, miroir sans tain cependant puisqu’on voit le fond (une bonne trentaine de mètres) et les poissons qui y nagent. Enthousiasmés, nous décidons d’y rester deux jours entiers. Un peu de repos ne nous fera pas de mal, car, depuis Paris, nous avons parcouru 7.794 kilomètres, soit une moyenne journalière de 695 kilomètres pendant les dix premiers jours pour 840 kilomètres de piste en cinq jour soit 168 kilomètres de chaos poussiéreux par jour. La fin de l’après-midi se passe en lessive, chasse au ragondin et pêche à la truite ou assimilés….

Raymond nous traîne contre notre gré dans une tchaï-khana intitulée « hôtel » et qui n’a d’hôtel que l’appellation. Toutefois nous y trouvons, d’une part des omelettes pommes de terre sautées auxquelles nous faisons un sort et d’autre part : deux Anglais, trois Suisses, deux Canadiens et un Français qui s’avère être un typo, copain d’apprentissage de Claude, de passage en Afghanistan pour aller en Inde et faisant le tout à pied. Soirée animée : échange d’impressions et de bouteilles, contacts humains très appréciés après ces quinze jours en vas clos.

Le lendemain, quartiers libre. Pierre se lève tôt et part seul faire une cinquantaine de photos de lever de soleil ; photos qui lui seront d’ailleurs volées avant même d’être développées. Beni, carabine sous le bras, repart à la chasse, tandis que Raymond et Claude sont à la pêche et nous rapportent une douzaine de truites pour le déjeuner. Après midi, visite des lacs en Land Rover pour les vieux (Raymond et Pierrot), à cheval pour les jeunes (Beni et Claude), monture de Bozkashi louée 50 afghanis (3.50 F) à des jeunes bergers. Il arrive que les avis soient partagés, même sur les choses les plus belles ; au sujet de Band-l-Amir, on est unanime : c’est merveilleux. C’est un site qui mérite de figurer parmi les innombrables « huitièmes merveilles du monde »

Haschisch Mister

Mais le départ étant prévu pour le lendemain matin, il faut se plier au rituel des vérifications mécaniques, ce qui nous occupe le début de la soirée que nous terminons avec un couple très snob. Arrivés le « mâtin de Pâris en Jeeet », puis de Kabul à bord d’une Land Rover prêtée par un ami secrétaire « d’ambassade », fourbus par leur 60 kilomètres de « môvaise » route, ils sont quelques peu vexés d’apprendre que nous venons d’en faire 840 avec le sourire. Mais lorsque notre bouteille est terminée, l’atmosphère est totalement détendue. Il y a aussi, un « flic afghan », seul, attendant que quelqu’un fume du haschisch pour lui faire payer une amende. A notre proposition d’un verre d’alcool, en bon musulman, il préfère renoncer à l’amende et disparaître.

Nous en sommes maintenant au dix-septième jours : direction Bamiyan que nous atteignons vers midi. A peine arrivés, Raymond pousse un cri d’horreur. Ce village qui, deux ans auparavant, était comme les autres : calme, rustique, moyenâgeux est maintenant infesté de touristes ! Et pas des gens comme nous ou ceux que nous avons rencontrés à Bend-l-Amir, non non, de vrais touristes ! Ceux qui arrivent par car Pullman : les vielles Américaines avec leurs grandes lunettes et leurs petits Kodak, les Japonais avec leurs petites lunettes et leurs gros Canon et, évidemment des Anglais en short. Cette industrie est si prospère qu’il y a des boutiques de souvenirs, et qu’il faut payer pour photographier les Bouddhas géants (53 mètres) qui furent taillés dans la montagne par les prêtres bouddhistes et plus tard défigurés par les musulmans. Nous y trouvons même un restaurant où le menu est à la fois présenté en en anglais et en français. Nous nous sauvons écœurés, persuadés que d’ici quelques mois l’Afghanistan sera devenu ce qu’est l’Afrique du Nord maintenant

Le plein d’essence fait, en route – Pour rejoindre Kaboul, il existe deux itinéraires possibles. Notre prochain but est d’assister au bouz-kashi du roi, et puisque nous avons quelques jours devant nous, nous décidons de faire un détour par Agika-Pass. Nous passons près de la Ville Rouge ; détruite par les hordes mongoles de Gengis-Khan, il n’en reste que quelques tours hexagonales surmontées de créneaux aux décorations géométriques et les morceaux de fortifications restantes sont du même rouge que la montagne sur laquelle était accrochée cette cité. La piste est très difficile : il faut passer à gué quelques rivières, des ponts fait de troncs d’arbres et de terre sont jetés sur d’énormes fissures. Puis nous abordons agikak-Pass, magnifique défilé dominé de falaise rouge et blanches faisant près de mille mètres. Nous en profitons pour procéder à une toilette sommaire dans la rivière qui coule au milieu du défilé. Elle est alimentée par de petites sources d’eau chaude qui jaillissent ici et là, probablement ferrugineuses à en juger par les dépôts de rouille.

Nous repartons et vite les gros ennuis commencent. Le frein à main qui nous ai indispensable dans les cols, nous lache, une pièce maîtresse est cassée. Heureusement, il nous reste la possibilité d’utiliser la crabot (quatre roues motrices) Quelques kilomètres plus loin, Raymond, le nez au vent découvre un petit bruit bizarre venant de l’avant. Il en fait part à Claude et nos deux mécanos commencent à spéculer sur l’origine du « tic-itic-itic »

- je n’entends rien.
- Si, si écoute.

Pierre et Beni, déjà beaucoup moins concerné par tout ce qui peut être, mettent leurs petits camarades en boite :

- Tarée ces deux là ! Comment peuvent-ils entendre un tout petit bruit dans ce tas de ferraille.

Claude pense qu’il doit s’agir d’un petit caillou enfermé dans un cabochon de roue. Pour en avoir le cœur net, nous nous arrêtons, et il commence à démonter.

A sa tête nous comprenons vite que le « tic-itic-itic » aurait pu devenir rapidement un « chkraaaaaaaaaaaaac ». Nous nous réunissons autour de notre mécano, et découvrons ensemble l’ampleur de la catastrophe. Déjà le cabochon en question ne devrait pas être plein de limaille ; ensuite, après démontage des coupelles de roues, le demi-axe avant droit en question, devrait être dentelé, or il est aussi lisse et rond qu’un manche à balai. Moment de panique…. Démontage du coté gauche, même topo.

La Land-Rover est une « traction arrière » ; nos avaries ne concernent donc que le double pont, mais il n’est plus question de côtes trop abruptes ni de passage à gué. Il faut rejoindre Kaboul le plus rapidement possible afin de faire réparer. Nous empruntons au plus vite la route goudronnée, et nous arrivons au plus vite le soir même dans la capitale afghane, en ayant toutefois deux cols de plus trois mille mètres. Le moral est cependant légèrement atteint. Raymond, pour qui la ville n’est pas inconnue, nous drive vers l’hôtel Jamil. Trois cents afghanis (21 F) pour une chambre à quatre lits avec douche…. D’accord, il n’y a pas d’eau chaude, et ce n’est pas l’heure de l’eau froide, mais n’empêche que nous avons une douche ! Ensuite, dîner de brochettes et promenade digestive dans un quartier pauvre où nous entrons dans une tchaî-khana boire un thé. Le serveur, un gentil garçon du style Tarass Boulba, n’a pas l’air d’apprécier notre arrivée. Il n’est pas le seul, car même l’orchestre devient plus mou. Un peu partout dans la salle des hommes cajolent leurs perdrix de combat. Nous attendons un moment, mais de toute évidence, ils ne veulent pas commencer les combats devant des étrangers.

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MessageSujet: Re: Carnet de route, de 1972.....   Jeu 21 Nov - 12:33

Ca se corse
Rentrés à l’hôtel, nous chassons les dernières puces de nos lits, et nous nous couchons en pensant que la journée du lendemain ne va pas être de tout repos.

En effet dès le petit matin, nous nous heurtons au ramadan et, pour prendre un petit déjeuner, il nous faut aller dans un palace. Nappe blanche et toasts nous reviennent plus cher que la chambre d’hôtel. Nous allons à la banque changer nos travellers-chèques contre des dollars. Les banquiers sont tous les mêmes, ils veulent encaisser nos devises et nous refourguer un monceau de billets de banque locaux. Beni est obligé d’user de son culot et de toute son autorité pour avoir satisfaction. A la poste restante, le préposé met à notre disposition les paniers de lettres, où chacun trouve des nouvelles de sa petite famille, qui nous font oublier quelques instant nos ennuis mécaniques.

Quelques instant seulement, car il faut tout de même réparer la Land-Rover. Nous tombons par hasard sur « le » garage au bout de deux bonnes heures de de recherche, il est évidemment fermé. D’après un passant, il ne sera ouvert que demain de 9h à midi seulement, et fermé pendant les quatre jours suivant en raison de la fête du roi. Le reste de la journée se passe en shopping, de boutique en boutique. Nous nous voyons offrir le tchaï, les commerçant sont très sympas, nous marchandons par jeu bien souvent, tous se passe avec le sourire.

Système D

Le lendemain matin, Claude et Raymond sont les premiers devant les grilles du garage avant même les ouvriers : et, là, c’est le festival.

Nous sommes pressés, eux pas ! premièrement, nous ne sommes pas les seuls, et d’autre part, ce n’est pas notre tour. Il faut recourir à la magie du dollar U.S. pour convaincre ce qui nous semble être, un personnage important dans ce garage. Après une demi-heure de palabres, nous apprenons qu’il n’y a pas les pièces nécessaires à la réparation de la voiture. Etant donné que Claude à fait démonter les deux roues avant, il faut absolument trouver une solution. C’est Raymond qui la trouve : démonter la Land –Rover d’un client, pour y prendre les pièces qu’il nous manque. Sitôt dit sitôt fait, au grand désespoir du chef du garage. Pendant que Raymond surveille le remontage. Claude part fouiller dans le magasin de pièces détachées, et revient avec un frein à main qu’il remonte sans rien demander à personne. Pendant ce temps, Raymond fait établir la facture car nous avons intérêt à disparaître au plus vite. Vers midi, nous retrouvons nos deux acolytes pour le déjeuner. Nous nous en sommes tirés pour environs 500 F, ce qui est très raisonnable pour nous qui aurions payé une petite fortune en France. L’après midi, nous décidons de faire une petite excursion jusqu’à Ghazni (250 km) ; où nous espérons trouver notre bonheur en manteaux de peau, puisque c’est de cette ville que viennent les fameuses « Poustines afghanes ». Lorsque nous embarquons, il y a un pneu de crevé : la roue de secours n’ayant pas été réparée, force est de nous exécuter au plus vite.

Nous démarrons, Claude au volant nous procure les émotions de la journée. Dans la cohue de Kaboul, monsieur de permet de renverser un cycliste. Le cercle est vite formé autour de notre voiture, et nous commençons à nous poser des questions. Bénito plein de courage décide d’aller récupérer sa montre chez un horloger du quartier, Claude et Raymond descendent de voiture pour essayer d’arranger les choses au mieux, tandis que Pierrot, le camarade « Tu-tue », à portée de main surveille les opérations. Finalement nous nous en tirons à grand renfort de sourires, de mains sur le cœur, de courbette, et un petit billet de vingt afghanis, tout de même. Béni a récupéré sa montre, nous remontons en voiture et repartons vers notre prochaine crevaison.

La scoumoune
Elle nous attend à deux heures de route de Kaboul ; notre « bombe miracle » n’en venant pas à bout, nous changeons de roue sans réparer. La nuit tombante, Bénito au volant ne voit que trop tard une barrière de péage qui vient à notre rencontre. Nous nous payons la barrière, le droit de passage, et quelques kilomètres plus loin une nouvelle crevaison ! Décidément, c’est la journée. Nos deux roues de secours sont à plat, c’est sur la jante que nous entrons dans la ville. Il fait nuit, il fait froid, et nous ne trouvons pas de vulcanisateur, quand un commerçant pachtou voyant que nous sommes français et dans la m…., nous prie de lui faire l’honneur d’accepter une tasse de thé. Etant donné la conjoncture, nous acceptons de bonne grâce. Nous mettons la voiture sur cales, et nous entrons dans une boutique coquette. Réchauffés, ayant bu plusieurs tasses de thé, le brave homme propose de nous commander des repas, et il envoie son fils au restaurant voisin. Tout en dînant, nous parlons affaires. Nous finissons par irriter notre hôte en poussant le marchandage trop loin, si bien qu’il fini par nous congédier en nous affirmant que le lendemain il ne nous vendrait rien, même à prix d’or. Le lendemain, nous retrouvons le même homme presque dans chaque boutique que nous visitons, et il nous faut la journée pour nous rendre compte que le monsieur à le quasi-monopole du commerce à Ghazni. Nous rentrons donc à Kaboul le soir même, car le bozkachi a lieu le lendemain.

De retour à Kaboul vers 19h30 ; nous dînons. Le bozkachi ayant lieu le lendemain, nous décidons de nous rendre le soir même à Bodigram, où il se déroulera, de façon à éviter la cohue et à être bien placés.

Nous passons donc la nuit devant la tribune royale. Au petit matin, Raymond, pris d’une envie pressante, sort de la voiture, nu comme un ver. Alerté par un certain tumulte, nous regardons au dehors ; notre cher petit camarade, accroupi face à la tente du roi, est entouré de quelques dizaines de flics et soldats menaçants. Il arbore un magnifique sourire et pour toute réponse leur tend le bras droit à demi replié sur sa main gauche. Nous nous voyons dans l’obligation de décamper et de prendre de l’autre côté de la route notre petit déjeuner.

Le bozkachi…
Derrière nous, une colline est couverte de spectateurs arrivés dans la nuit. D’où nous sommes, nous ne voyons rien du terrain de jeu, et nous décidons de nous infiltrer dans les tribunes à l’aide de nos cartes de presse. La force de persuasion et le visage basané de Béni nous sont beaucoup plus utiles et nous nous retrouvons en bordure de terrain, devant la tribune royale, lorsque le coup d’envoi est donné. Il s’agit pour les « Tchopendoz », cavaliers d’élite, de se disputer la dépouille d’une chèvre décapitée (« boz » en persan), d’où le nom de bozkachi, arrache-chèvre ; parfois un jeune veau la remplace.

Ce jeu déjà très populaire parmi les cavaliers de Gengis Khan, est resté de nos jours aussi important que notre tiercé. Le « boz » est placé au milieu d’un cercle tracé à la chaux. Au signal de l’arbitre, les cavaliers se précipitent. C’est une mêlée confuse, poussiéreuse et bruyante, d’où s’échappe soudain un cavalier qui tient d’une main le « boz »(50 kg) le long de sa jambe. Il est poursuivi par les autres cavaliers qui s’efforcent, une jambe passée autour du pommeau de leur selle et en déséquilibre complet, de lui arracher le « boz » à grand renfort de coups de cravache. Le jeu est terminé lorsque l’un des cavaliers dépose la dépouille dans le cercle de justice, après avoir effectué le parcours délimité par des poteaux.

… et ses tchopendoz
Leurs montures, magnifiques chevaux des steppes de l’Asie centrale, passent à quelques mètres de nous et Claude, caméra au poing, fait confiance à Béni qui le tire en arrière lorsque cela devient urgent. Le terrain n’ayant pas de limites, les chevaux foncent sur la foule qui s’écarte, et, quoi qu’il arrive, le jeu continue.
Les ambulances ne chôment pas pendant le bozkachi. Aussitôt après, nous avons vu les forces de police casquées et armées de gourdin se faire littéralement assiéger par les spectateurs. Nous avons dû attendre près de deux heures avant de pouvoir reprendre la route de Kaboul.

Les couleurs du bazar
De retour dans la capitale, nous retenons les mêmes « puciers » à l’hôtel Jamil, et partons visiter le bazar. Nous retrouvons notre typo-voyageur, avec qui Pierrot s’ingénie à gaspiller la pellicule. Il y a de tout partout, de toutes les couleurs et dans tous les sens, mais c’est beau ; le tailleur à qui nous achetons chacun un saroualle (phonétiquement, c’est un pantalon comme en porte les Afghans, plus de 10 m de ceinture quand il n’est pas resserré à la taille) côtoie le boucher qui, vu son étalage, pourrait très bien être marchand de mouches. Les qui nous entourent, curieux de nous voir là, restent très discrets, et surtout très sympathiques ; nous sommes content, heureux d’être où nous sommes, et nous y passons l’après-midi.

Steak…
Le soir, c’est gala. Notre ami nous entraîne dans le quartiers des peausseries où se trouvent l’hôtel où il loge, mais aussi un restaurant où l’on trouve, parait-il, des steaks, des frites, etc. Arrivés là, nous retrouvons les Suisses et les Canadiens avec lesquels nous nous attablons.
Il y a dans la salle toutes sortes de gens, des « touristes » surtout, certains sont drogués et ont encore forme humaine, mais il y a aussi quelques épaves. Entre autres, une jeune fille de quatorze ans et son père, complètement démunis, dans l’impossibilité de rentrer dans leur pays. Depuis notre arrivée, le serveur n’a pas arrêté une seconde, nous avons pris de tout et par deux fois : du porridge, des steaks, spaghettis, frites, tartes, le tout arrosé de thé. Le ventre plein, ce fut l’un des meilleurs moments de notre voyage. Nous repartons le lendemain et nos amis ne veulent pas nous quitter sans nous avoir offert une tasse de thé. Dans leur chambre règne l’odeur très caractéristique du haschich. Nous ne tardons pas à nous voir proposer une petite boule noire et l’embout de la pipe commune, le « narguilé ».

…et haschich
Cette fumée froide ne tente aucun de nous quatre, et, de plus, nos compagnons, les yeux dans le vague, toussent comme des damnés. Nous prenons donc congé et nous retournons à l’hôtel, en entrant chez chaque antiquaire dans l’espoir de faire une bonne affaire avant de quitter définitivement Kaboul.

Le lendemain à l’aurore c’est le départ par la route du Nord, à quelques kilomètre de Kaboul nous passons près d’Istalif, ville dont le principal artisanat est la poterie, mais l’histoire et ses batailles sanglantes sont passés par là, les Anglais avant de quitter cette région ont exterminé tous les maîtres potiers. En ce moment, ce sont des potiers venant de valauris qui sont à la recherche des secrets des anciens. Vous pouvez imaginer le résultat : lamentable, du vallauris au cœur de l’Asie !

Les contreforts du toit du monde
Maintenant, nous sommes devant l’imposante chaîne de l’Indhou Kouch dont les sommets nous écrasent de leurs 6.000 mètres et plus ; nous allons traverser ces contreforts de l’Himalaya par un col à 3.363 mètres d’altitude et, dès les premiers lacets, quelle n’est pas notre surprise de voir un camion sur le toit, complètement écrasé sur la chaussée : il venait de dégringoler de la route qui était en surplomb à une centaine de mètres !

La montée est très longue. A l’approche du sommet, nous avons des inquiétudes, le ciel est couvert, il risque de tomber de la neige à cette saison. Enfin, nous voyons les arches qui annoncent le tunnel-col du Salang. La neige tombe. Ce tunnel discontinu a été construit par les Soviétiques ainsi que la plupart des routes goudronnées d’Afghanistan. Au total il fait 7.647 m de long, soit 2.675 m de tunnel et 4.972 m de galeries.

A la sortie, le sol est blanc, mais le soleil éblouissant qui nous aveugle a vite raison de cette mince couche de coton.

Ensuite c’est la dégringolade vers les immenses steppes désertiques du Nord qui s’étendent jusqu’à l’Amou Daria, l’Oxus des anciens, et bien au-delà en U.R.S.S. en Ousbékistan et en Turkménie.

Nous dormons à quelques kilomètres de Kunduz, capitale d’une province riche du fait de la culture du coton ; malheureusement pour les paysans de cette région, c’est une seule société qui en a le monopole : le Spinzar( Wink et là comme ailleurs dans ce pays, c’est aussi la misère. Bien sûr, il y a aussi l’élevage de ces fameux chevaux de bozkachi, célèbres dans le monde entier, et qui favorisent l’artisanat de sellerie.

Tapis…
Par chance, nous arrivons à Kunduz un vendredi matin, c’est le jour de marché, quel bonheur ! Nous pouvons admirer les tapis noués par les mains expertes des femmes turkmènes, certains sont exposés dans des vitrines (pas de formica, pas de verre, mais du pisé sur les cotés et au plafond, et de la terre battue ou du bois au sol recouvert de tapis) ; d’autres sont sur la route, les voitures passent dessus ainsi que les attelages de chevaux. Cela nous a-t-on dit pour resserrer les nœuds et donner une meilleure adhérence au tapis alors que nous croyons que c’était pour les vieillir.

…. Bijoux
Nous pouvons aussi voir les artisans qui confectionnent des bijoux avec des outils moyenâgeux, mais avec une dextérité et une ingéniosité qui forcent notre admiration. Ces bijoux sont confectionnés à base d’argent, ou plutôt de maillechort incrusté d’agate.

Des coiffeurs, des tailleurs, des cireurs mènent leurs activités à même le trottoir. Quand ont dit coiffeurs, on pourrait dire raseurs : leur travail consistant à faire une boule à zéro, comme ça, ça dure plus longtemps et il n’y a pas à y retourner de sitôt.

En fin d’après-midi, nous décidons de faire une expédition en direction du Pamir, dans la province de Faîzabad, et de prendre la route de la soie que suivit Marco Polo en 1255 pour se rendre en Chine.

A quelques kilomètres de Kunduz, ça se présente déjà bien ; la piste, qui surplombe un torrent, est complètement écroulée. Heureusement, nous avons un véhicule « tout terrain » qui nous permets de nous laisser glisser dans les éboulis, de traverser à gué et de regrimper pour atteindre la piste qui se perd dans les étendues plates et désertiques : la steppe.

Nous savons que nous venons de pénétrer dans une zone interdite, il aurait fallu demander une autorisation à Kaboul. Mais voilà, nous sommes en Afghanistan, et les palabres étant de rigueur aussi dans l’administration… nous nous en passerons, advienne que pourra : inch Allah !

Nous commençons à nous accoutumer à l’Orient. Nous adoptons donc une autre méthode qui s’avéra efficace : chaque fois que nous voyons un homme qui porte un uniforme, de police ou de l’armée, nous nous dirigeons vers lui et lui demandons notre route, aucun ne nous a demandé notre autorisation.

Sur les pas de Marco Polo : la steppe
Nos ennuis seront d’un autre ordre : d’abord nous nous dirigeons sur Taluquan pour prendre la piste de Khwaja-Ghar, nous suivons la carte fidèlement, mais elle s’avère fausse, ce n’est pas à Taluquan qu’il faut la prendre comme l’indique la carte, mais au moins vingt kilomètres avant, alors demi-tour. Ensuite, c’et la piste qui nous réserve des surprises, à un endroit elle est coupée par une faille de deux mètres de large et de quatre de profondeur, due probablement à un tremblement de terre. Là, la Land Rover ne peut rien et nous devons contourner l’obstacle, ce qui nous obligera à un grand détour et contribuera à ce que nous soyons égarés. Impossible de reprendre la piste, chaque fois que nous la retrouvons, il y a des failles qui la coupent. Nous roulons dans la steppe, nous sommes perdus, nous tournons en rond sans nous en apercevoir, le moral est bas.

Par Allah
A plusieurs reprises, nous rencontrons un vieil Afghan et son âne qui nous indique « la » bonne direction pour nous sortir de ce pétrin et, inlassablement, nous retombons sur lui. Ce manège dure un bon bout de temps ; nous avons fait pas mal de kilomètres dans ce paysage désolé et le pauvre en vient à invoquer Allah, et doit se demander si nous ne sommes pas vraiment tarés.

Enfin nous trouvons une piste qui nous semble être la bonne et nous retournons vers l’Ouest. Nous ne verrons jamais les monts du Pamir qui culminent à plus de 8.000m. Et pour revenir, nous longeons l’Amou Daria qui est repérable avec les arbres qui le bordent car, ailleurs, il n’y en a pas. En fin de soirée, nous nous sommes arrêtés dans un village pour demander si nous étions sur la bonne route.

La gentillesse afghane
Et voilà que nous sommes accueillis chaleureusement par une famille d’instituteur afghans qui insiste pour nous offrir le tchaï (le sens de l’hospitalité est rès prononcé ici), la langue qu’ils connaissent le mieux après le patchoun est l’anglais et, par l’intermédiaire de Claude, nous arrivons à nous comprendre. Dans la conversation, ils nous font savoir et insistent pour que nous passions la nuit sous leur toit, et pour nous offrir le repas. Ils sont vraiment très sympathiques, et ça fait vraiment plaisir de voir des gens vivre dans des conditions aussi modestes, se mettre en quatre pour nous rendre service. Nous avons encore beaucoup à apprendre d’eux que l’on dit sous développés.

Nous refusons gentiment leur offre et nous partons le cœur un peu serré devant tant de sympathie. Nous leur laissons quelques objets en souvenir.

De la viande pas cher
Nous continuons donc à longer la frontière soviétique, jusqu'à ce que, ô miracle ! nous tombions sur une belle route goudronnée qui nous ramène à Kunduz, d’où nous partons en direction de Mazar-i-Charif, capitale du Turkestan afghan. En cours de route, nous effectuons quelques achats en vue de confectionner un plat afghan : le kara-ikebab. Un gigot d’agneau, 2,50 francs ; des petites tomates du pays et des oignons, 3 centimes.

La route est belle et est agrémentée de montagnes très colorées, rouges, vertes, et bien d’autres couleurs. Nous traversons la fameuse passe d’Alexandre, aux parois verticales de chaque coté de la route. Nous arrivons dans une ville que nous croyons être Khulm et qui, en réalité s’appelle Tachgorghan. Nous la visitons, car elle présente un très grand intérêt pour nous. Nous y découvrons un des derniers bazars couverts de l’Asie centrale ; se balader dans ses ruelles vaut bien que nous y consacrions une journée, sur les parois et les plafonds en voûte, nous pouvons encore admirer des restes de peinture.

Un bazar couvert
Là aussi, il y a des artisans d’un autre âge, tels ces forgerons que nous avons vu taper en cadence, à trois ou quatre, sur un morceau de métal rouge posé sur une enclume, avec des masses, tandis qu’un autre maintenait la pièce avec de grandes pinces, et, peu, nous pouvons voir l’outil prendre forme.

Leur habilité nous étonnes, mais encore plus l’age de ceux qui manipulent ces masses de cinq kilos environ : ils ont de dix à quinze ans. Cette main-d’œuvre-là ne doit pas coûter cher, peut être une poignée de riz pour la journée. Mais il faut reconnaître que la valeur des objets que nous pouvons acquérir là-bas n’a rien à voir avec celle des objets manufacturés en Occident, malgré que ceux-ci soient fait en série et à la machine.

Dans le bazar, nous trouvons un peu de tout, du revolver aux fouets de Tchopendoz en passant par les tapis et les sacs. Nous avons effectué quelques achats : pièces de monnaie anciennes, tchapan…

Il y a aussi, sur une place, le marché aux dromadaires, ânes, chevaux et mulets. C’est un folklore formidable de regarder les marchandages, les échanges, les costumes.

Une belle mosquée
Arrivés à Mazar-i-Charif, célèbre par le sanctuaire où repose la calife Ali, cousin et gendre de Mahomet, nous nous dirigeons vers l’imposante mosquée qui est le seul intérêt de la ville, avec ses colonnes torsadées, ses magnifiques panneaux de faïence emmaillée où dominent les bleus turquoise et de cobalt, ses minarets tout aussi décorés et ses pigeons blancs (une légende veut que tous les pigeons qui arrivent à Mazar-i-Charif deviennent blancs). Effectivement, il n’y en a pas d’autres couleurs.

Pour pénétrer dans la cours de ce lieu saint, nous devons bien sûr, enlever nos chaussures, et comme nous n’avons que celles-là nous ne les laissons pas à l’entrée malgré l’insistance d’un Afghan qui nous le conseille. Et sous les regards étonnés et réprobateurs des fidèles, nous nous baladons avec nos godasses poussiéreuses à la main.

Après une courte visite de la ville, nous nous dirigeons vers Aqcha et Sheberghan en passant par Balkh, l’ancienne Bactres d’Alexandre le Grand qui avait établi là une grande cité hellène et s’y maria, mais il ne reste plus grand-chose de la cité antique, sinon les ruines d’une mosquée plus récente.

A Sheberghan, nous avons l’occasion de sortir une jeep de l’U.N.I.C.E.F. enfoncée dans un fossé ; après le dépannage, nous demandons au chauffeur si la poste est ouverte, ce n’est pas le cas le vendredi, nous lui confions donc notre paquet de cartes postales et 210 afghanis (14,70 F) pour les expédier, il accepte volontiers (aucune ne parviendra à destination)

La piste du nord
Aujourd’hui 20 octobre, 28e jour de notre équipée, à la sortie de Sheberghan, en direction d’Andkhoy et Maïmana, nous attaquons la piste poussiéreuse du nord, longue de 660 km, qui doit nous ramener à notre point de départ : Hérat. Nous mettrons quatre jours pour y arriver.

La piste est très sablonneuse, d’un sable aussi fin que du talc, les roues s’enfoncent profondément dedans et les ponts de la voiture frottent sur le sol. Il n’est pas nécessaire de décrire dans quel nuage jaune nous évoluons, il y a de la poussière partout. Nous devons rouler au crabot (quatre roues motrices)

Hôtel grand luxe
Arrivés à Andkhoy, nous avons l’intention de faire une toilette, celle-ci laissant à désirer depuis Kaboul. Nous nous dirigeons donc vers l’unique hôtel de la ville. Par gestes nous mimons la façon de prendre une douche et l’employé, qui comprend très bien le langage des mains, nous conduit dans une pièce agrémentée d’un lavabo, d’une douche, d’un bidet, mais voilà : il n’y a pas d’eau aux robinets. Pas de problème, le génie afghan est là : il y a un grand tonneau plein d’eau et un godet pour y puiser dedans. C’est tout de même mieux que l’eau glacée des rivières et nous sommes satisfaits, nous pouvons reprendre la piste.

Pour prendre notre repas, nous devons attendre 18 heures, car nous sommes en pleine période du ramadan (chose que nous n’avions pas prévue). Celui-ci est strictement observé, le Coran étant la base de la constitution afghane. Et le midi nous devons puiser dans nos réserves, ou effectuer des achats quand nous trouvons des aliments qui nous conviennent

Souvent, nous pensons arriver dans un village pour le repas du soir, nous roulons avec l’espoir de l’atteindre, et puis rien, en fin de compte, c’est kachkaval, le corned-beef et la purée en poudre.

« Les Cavaliers »
Nous passons un soir à Maïmana, chef lieu de province du même non, qui inspira Joseph Kessel pour son livre « les Cavaliers » ; C’est lui qui, pour une bonne part, à décidé beaucoup de Français à visiter ce pays prodigieux. La ville par elle-même n’a pas tellement d’attrait, les rues sont bien tracées et surtout poussiéreuses. Ce qui aurait de l’intérêt, ce serait d’aller voir les élevages des rapides chevaux de bozkachi où sont formés et entraînés les rudes tchopendoz.

De la bonne eau
Ce qui nous est arrivé à Kala-i-Nao mérite d’être raconté : nous arrivons dans cette vers 21 heures et nous partons à la recherche d’un tchaïkana. Nous commandons nos habituels « tchor tchaïsia » (4 thés noirs). Le batcha (enfant qui travaille) dépose devant nous des verres innommables pour le propreté. Pierre voyant cela, va au réservoir accroché au mur et lave le sien. Beni fait la remarque au gosse, celui-ci avec un grand sourire prend les trois verres restants et va les laver dans le caniveau devant la porte. L’eau y est boueuse et nauséabonde – et revient, toujours avec le sourire, en mirant les verres débarrassés des taches douteuses. Nous sommes vraiment interloqués, Claude et Béni partent à la recherche d’un lieu plus propre. Pierre et Raymond restant pour s’apercevoir que l’eau utilisée pour confectionner le thé et celle du réservoir vient du caniveau. Ils partent rejoindre leurs compagnons qui prétendent avoir bu du bon tchaï, alors qu’ils n’ont pas changé de caniveau.

Avant d’arriver à Hérat, il nous arrive quelques aventures, notamment l’une des attaches de notre galerie qui s’est dessoudée (il faut dire que notre véhicules a été soumis à rude épreuve) ; Pour la réparer nous utilisons la méthode afghane : le fil de fer, ça devrait tenir.

Jets de pierres
En pleine montagne, nous rencontrons une colonne de nomandes, et les enfant se mettent à nous jeter des pierres (c’est courant en Asie). Inconscient (ou pour ne pas passer pour des dégonflés), nous effectuons une marche arrière pour revenir à leur hauteur, nous ne savons pas si nous devons descendre de voiture, nous nous décidons quand même lorsque nous voyons les parents corriger les enfants fautifs. Nous parlementons avec eux, ils ne sont pas hostiles.

La scène devient pittoresque : des nomades afghans dépenaillés et des Européens en tenue hétéroclite se faisant de grandes courbettes, la main sur le cœur, et ne parlant pas le même langage. Notre bonne volonté étant démontrée par l’apparition de paquets de cigarettes que nous leur offrons, c’est par de grands signes que nous sommes salués lorsque nous les quittons.

Le tour est bouclé
Enfin, voici Hérat, nous passons un après-midi à visiter cette ville moderne par rapport à toutes celles que nous avons pu voir. C’est certainement une des villes les plus intéressantes du pays, une belle mosquée, des jardins bien entretenus et un bazar bien fourni en produits et objets de toute sorte, des minarets énormes et très hauts, tout cela au milieu d’un désert. Nous y effectuons quelques achats avant de quitter définitivement l’Afghanistan le 24 octobre 1972.


Nous avons mis quarante-six jour pour faire ce voyage de 18.000 km, neuf jours pour atteindre la frontière afghane, soit 7.000 km, pendant vingt-deux jour nous avons parcouru 4.000 km en Afghanistan et avons mis quinze jour pour revenir en visitant diffèrent pays (Iran, Turquie, Bulgarie).

Nous avons consommé 3.300 litres d’essence qui nous sont revenu à 1.900F, soit un prix moyen de 0.57 F par litre.

La mise de fonds de chacun a été de 6.600 F et après revente de la voiture le voyage nous est revenu à 3.350 F chacun. 1.850 F de réparations, aménagements et perte sur le véhicule. Réserves de nourriture. 1.500 F de Paris à Paris pour l’essence, la nourriture des quarante-six jours, des pneus neufs et différentes réparations. Cela en 1972.






le récit de cette histoire est fini…

Coucou Brigitte…
Merci à toi de m’avoir permis de retranscrire les deux récits de ton père, et de pouvoir les partager sur les Forums que je fréquente….
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fab



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MessageSujet: Re: Carnet de route, de 1972.....   Jeu 21 Nov - 19:28

pfiou! franchement respect http://i41.servimg.c  ça se lit comme un roman http://www.smileys-f 
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pourquoi2b



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MessageSujet: Re: Carnet de route, de 1972.....   Mar 26 Nov - 13:25

y sont journalistes... ça aide pour écrire....http://www.smileys-f 
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camegonfle2b



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MessageSujet: Re: Carnet de route, de 1972.....   Mar 26 Nov - 19:41

pourquoi2b a écrit:
y sont journalistes... ça aide pour écrire....http://www.smileys-f 
les commentateurs du foot sont appelés aussi journalistes... http://www.smileys-f 
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pourquoi2b



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MessageSujet: Re: Carnet de route, de 1972.....   Mer 27 Nov - 10:57

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MessageSujet: Re: Carnet de route, de 1972.....   Aujourd'hui à 16:39

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Carnet de route, de 1972.....
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